L'industrie sidérurgique canadienne est terne et se contracte. Les importations représentent près des deux tiers de ce que les Canadiens utilisent, soit le double du taux américain, en raison de décennies de libre-échange avec d'autres pays qui sont en concurrence sur des terrains de jeu déloyaux. Les aciéries chinoises, en particulier, inondent le marché de produits fabriqués dans le cadre de subventions gouvernementales massives et de normes environnementales laxistes. En même temps, le Canada accable ses propres usines de coûts du carbone, ce qui rend impossible de récupérer des parts de marché. Pour résoudre ce problème, le Canada doit prendre des mesures pour donner une chance aux producteurs d'acier canadiens : ajouter des droits de douane sur l'acier chinois et d'autres aciers extracôtiers, supprimer le prix du carbone sur la production d'acier et utiliser les recettes tarifaires pour protéger les industries touchées par les représailles chinoises.
L'acier est partout. C'est dans les bâtiments, les ponts, les voitures, les navires, les éoliennes, les pipelines, les appareils électroménagers et l'équipement médical. Pour une nation moderne et industrialisée, elle est aussi essentielle à l'économie que la nourriture ou l'électricité. Un pays qui ne peut pas fabriquer son propre acier est fondamentalement affaibli lorsqu'il s'agit d'affirmer sa souveraineté.
Lorsque la Chine s'est jointe à l'Organisation mondiale du commerce en 2001, on a supposé qu'elle créerait un énorme marché pour le reste de l'acier du monde. Au lieu de cela, la Chine a eu recours à des pratiques anticoncurrentielles pour construire une énorme capacité sidérurgique, qu'elle a ensuite utilisée pour inonder le marché mondial. Aujourd'hui, la Chine produit plus d'acier que le reste du monde réuni : 1 019 millions de tonnes par an, comparativement aux 12 à 13 millions de tonnes pour le Canada. Cela représente 54 % de la production mondiale d'un seul pays1.
Le gouvernement chinois verse de l'argent dans les entreprises sidérurgiques avec des subventions d'une valeur de 50$ à 100$ par tonne d'acier. 10 fois plus que les pays riches et 5 fois plus que les autres pays en développement2 .. cela change fondamentalement l'économie de l'industrie. Les aciéristes chinois peuvent vendre à des prix artificiellement bas tout en continuant de gagner de l'argent parce que les chèques du gouvernement au pays couvrent la différence.
Pendant ce temps, le Canada fait le contraire. Au lieu d'aider les aciéristes, le Canada leur facture 95$ par tonne d'émissions de carbone dans le cadre du prix du carbone industriel — qui devrait augmenter à 170$ la tonne d'ici 20303. Lorsque cela est combiné à des protections environnementales rigoureuses et à d'autres règlements rigoureux, il devient impossible de rivaliser. Une usine canadienne fait face à des coûts combinés de 95$ la tonne que les concurrents chinois et autres concurrents extracôtiers n'ont tout simplement pas.
Ce déséquilibre a entraîné un long et lent déclin du secteur de l'acier au Canada. Le Canada a cessé de produire 16,6 millions de tonnes par année en 20004 à 12,2 millions de tonnes en 20235. Pour compenser la différence, le pays compte sur les importations. Aujourd'hui, la majorité de l'acier utilisé au Canada provient d'outre-mer, habituellement de l'acier bon marché subventionné par le gouvernement qui sous-estime les producteurs nationaux.
Et la situation est bien pire que dans des pays comparables. Le Canada est particulièrement vulnérable au dumping parce que sa capacité de production est faible et que l'absence de barrières commerciales laisse le pays inondé d'importations bon marché. Comme l'a dit le premier ministre Carney dans son discours d'hier : « alors que 80 % de l'acier acheté par l'Europe est fabriqué en Europe et que 75 % de l'acier aux États-Unis y est fabriqué, seulement 40 % de l'acier acheté au Canada l'est ici. » 6
Pour assurer la sécurité à long terme, il est essentiel d'avoir une industrie sidérurgique solide. Mais même dans son état réduit actuel, l'industrie demeure essentielle à la prospérité du pays. L'industrie sidérurgique canadienne emploie 23 000 personnes7, principalement des emplois qualifiés bien rémunérés qui représentent en moyenne 1 541$ par semaine, les travailleurs étant concentrés en Ontario (52 % des emplois) et au Québec (34 %)8. Les schémas de développement signifient souvent que les collectivités où ces emplois sont le plus concentrés dépendent des aciéries comme épine dorsale de l'économie.
Au-delà de l'emploi direct, on estime qu'il y a 100 000 emplois supplémentaires qui dépendent d'un secteur sidérurgique sain — dans les secteurs de la construction, de la fabrication, de l'énergie et des transports. Dans un monde caractérisé par des pratiques commerciales de plus en plus déloyales et un manque de soutien à l'égard de l'industrie, tout cela est menacé.
Déjà, les récentes mesures tarifaires qui ont rendu l'acier canadien moins concurrentiel aux États-Unis ont entraîné près de 1 000 pertes d'emplois d'ici le milieu de 2025, et d'autres sont prévues9.
Si le Canada ne crée pas un marché intérieur équitable, il n'y a pas d'avenir pour une industrie sidérurgique canadienne. La bonne nouvelle, c'est qu'il y a une demande excédentaire dans un marché intérieur — qui continue de croître — pour les aciéries canadiennes. Ne tient pas compte de la croissance future découlant du renouvellement des dépenses de défense.
Si les rajustements commerciaux sont mis en œuvre de la bonne façon, nous aurons également l'occasion d'améliorer nos relations globales avec les autres pays. Les États-Unis ont déjà pris des mesures en imposant des droits de douane sur tout l'acier étranger. Si le Canada égalerait ces tarifs, les fabricants et autres consommateurs d'acier achèteraient de l'acier canadien et consommeraient ainsi une plus grande part de sa propre production. Avec des protections contre l'acier outre-mer qui correspondent aux normes américaines, le Canada sera dans une position de négociation beaucoup plus forte puisqu'il ne se tournera pas vers le marché américain pour expédier la production excédentaire qui a été remplacée par les importations d'acier à l'étranger. En fait, l'acier canadien ne constituera pas une menace pour l'industrie américaine.
Pour remédier à la situation dont le Canada a besoin pour créer un marché concurrentiel, il faut notamment :
Imposer des droits de douane de 50 % sur toutes les importations d'acier extracôtier, équivalant aux taux américains11. Cela rend instantanément les prix de l'acier canadien concurrentiels par rapport aux importations subventionnées. Les tarifs rétablissent les prix normaux, permettant aux usines de fonctionner de manière durable et d'investir dans la modernisation. La mise en œuvre nécessite un décret tarifaire par l'entremise du Parlement ; les recettes sont versées aux coffres fédéraux. Échéancier : immédiatement
Supprimer le prix du carbone sur la production d'acier primaire. Les aciéristes devraient faire face aux mêmes coûts de carbone que les concurrents internationaux, et non à des coûts plus élevés. Les producteurs sont déjà confrontés à des règlements sur les émissions et investissent des milliards dans les technologies propres — ajoutez une taxe que les concurrents chinois ne paient pas et que le Canada perd. Modification législative nécessaire ; entrée en vigueur immédiatement après son adoption. Cela permet d'éliminer 95$ par tonne de coûts artificiels.
Établir un fonds de stabilisation des recettes tarifaires pour les industries touchées par le commerce. Lorsque le Canada protège l'acier, d'autres pays peuvent exercer des représailles contre les marchandises canadiennes. Utiliser les recettes tarifaires pour aider les fabricants, les exportateurs agricoles et les travailleurs touchés à effectuer la transition et à s'adapter. Administrer au moyen des programmes d'ajustement commercial existants. Rendre les fonds disponibles au besoin.
Aider les aciéristes à donner la priorité à la croissance du marché intérieur. Les usines canadiennes exportent actuellement environ 90 % de leur production aux États-Unis.12. Avec les tarifs en place, la demande intérieure devient viable. Réunir l'industrie et le gouvernement tous les trimestres pour cerner les lacunes en matière d'offre nationale (produits spécialisés, acier de qualité de construction) et mettre les producteurs en contact avec les acheteurs. Aucun nouvel organisme ou financement n'est nécessaire, mais un nouveau mandat et une nouvelle orientation avec les conseils industriels existants contribueront grandement.
Les droits de douane ne rendront-ils pas l'acier plus cher pour les entreprises canadiennes ?
Les tarifs rétablissent les prix normaux, ce qui profite en fait à la plupart des utilisateurs canadiens parce que l'acier faisant l'objet de dumping nuit à la fiabilité de l'approvisionnement à long terme. Les bas prix actuels proviennent des subventions gouvernementales, et non de l'efficience — ils ne peuvent pas durer. De plus, les aciéries canadiennes qui rivalisent équitablement investiront dans la réduction des coûts et la qualité, ce qui profitera ultimement aux acheteurs. Preuve : L'économie américaine a absorbé les droits de douane sans causer de dommages importants tout en protégeant la viabilité de l'industrie.
D'autres pays vont-ils exercer des représailles ?
Peut-être, mais le Canada peut s'y préparer. Les amortissements du fonds des recettes tarifaires ont une incidence sur les secteurs vulnérables. Plus important encore, les tarifs permettent maintenant au Canada de négocier dans le cadre d'un bloc nord-américain avec les États-Unis, ce qui est plus fort que de négocier seul. La Chine se venge davantage contre les pays faibles que contre les pays forts.
Cela ne contrevient-il pas aux accords de libre-échange ?
Non. L'AEUMC et l'OMC autorisent les droits de douane pour contrer les pratiques déloyales comme le dumping et les subventions gouvernementales. Le Canada maintient déjà des droits antidumping sur l'acier chinois et d'autres aciers extracôtiers en vertu de ces mêmes règles. Il s'agit d'une action cohérente, et non d'un nouveau principe.
Pourquoi supprimer la tarification du carbone au lieu de respecter les normes environnementales ?
Les aciéries n'évitent pas les règles environnementales — ils investissent des milliards dans les fournaises électriques et les technologies propres. Le prix du carbone ajoute un coût distinct auquel les concurrents n'ont pas à faire face. Supprimez le prix tout en respectant la réglementation, et les usines peuvent investir leurs profits dans de l'équipement plus propre plutôt que de payer des impôts. Cela accélère la décarbonation tout en maintenant la compétitivité des usines.
L'acier est essentiel à toute infrastructure et, en fin de compte, à la sécurité nationale. Le Canada ne peut assurer sa force et sa survie à long terme s'il doit compter sur des pays étrangers pour quelque chose d'aussi essentiel. La Chine et d'autres subventionnent l'acier tandis que le Canada le pénalise — si rien de grave n'est fait, cela entraînera la perte de toute une industrie. En faisant correspondre les tarifs américains et en supprimant le prix du carbone sur l'acier, le Canada peut récupérer son marché intérieur et se positionner comme un partenaire nord-américain fiable.
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