Le Canada doit récompenser le succès et l'engagement des immigrants à contribuer au Canada, et non seulement leurs qualifications avant leur arrivée. Notre système actuel admet les immigrants en fonction de leur potentiel, puis les abandonne en grande partie pour naviguer seuls dans l'intégration, ce qui se traduit par une baisse des taux de citoyenneté, une faible participation civique et une augmentation de l'émigration. Nous proposons de créer un système de reconnaissance par points qui évalue continuellement les contributions des immigrants. De cette façon, nous pouvons offrir une voie vers la résidence permanente et la citoyenneté avec une rétroaction claire et régulière, tout en veillant à ce que le système d'immigration du Canada soit mieux à même de combler les lacunes en matière de main-d'œuvre à tous les niveaux. Cela signifie non seulement des études supérieures et bien rémunérées, mais aussi des emplois intermédiaires et des emplois d'entrée en encourageant les immigrants à s'établir là où des possibilités économiques existent.
Le Canada s'est forgé une identité de pays accueillant grâce à une approche particulièrement efficace en matière d'immigration. Les immigrants représentent maintenant plus de 23 % de notre population2 et nous avons toujours été fiers de nos résultats exceptionnels en matière d'intégration. En 2019, nous avons été classés comme le pays le plus accueillant au monde pour les migrants3.
Mais sous ces distinctions, des tendances inquiétantes se sont dessinées. Le taux auquel les résidents permanents deviennent citoyens — un indicateur clé de l'intégration politique — a chuté. En 2001, environ 75 % des résidents permanents sont devenus citoyens en moins de dix ans4. En 2021, ce pourcentage était tombé à seulement 45,7 %, soit une baisse stupéfiante de 40 %. Même parmi ceux qui deviennent citoyens, la participation politique est à la traîne. Les citoyens naturalisés qui vivent au Canada depuis plus d'une décennie votent à des taux inférieurs. Lors de la dernière élection fédérale, le taux de participation n'a été que de 71 %, comparativement à 77 % pour les électeurs nés au Canada, et les nouveaux citoyens ont affiché une participation encore plus faible (66 %).5.
Plus inquiétant encore est le « seau qui fuit ». Plus de 15 % des immigrants admis entre 1982 et 2017 ont quitté le Canada dans les 20 ans suivant leur arrivée6. Environ un immigrant sur cinq finit par émigrer du Canada7 et plus du tiers de ceux qui partent le font dans les cinq premières années suivant leur arrivée. Au cours des dernières années, cette tendance s'est aggravée, l'année 2020 ayant enregistré le pourcentage le plus élevé d'immigrants quittant le Canada depuis le début de la tenue des registres.
Lorsque les immigrants partent rapidement après leur arrivée, ils deviennent un fardeau net pour les services sociaux sans redonner au pays. Ils consomment des ressources d'établissement, des soins de santé et de l'éducation sans redonner à long terme à notre économie et à nos collectivités. Cela contribue à une importante population d'expatriés canadiens — actuellement environ 600 0008 — qui sont devenus citoyens naturalisés et sont partis, profitant du pays sans donner en retour. Cette porte tournante sape toute la prémisse de notre système d'immigration et gaspille des milliards de dollars en investissements d'intégration.
Simultanément, le soutien public à l'immigration s'est effondré. Pendant des décennies, 60 à 80 % des Canadiens ont convenu que l'immigration apportait une contribution positive. Mais les attitudes se sont considérablement durcis depuis 2022. Selon l'enquête Environics Focus Canada de l'automne 2024, 58 % des Canadiens disent maintenant que le Canada accepte « trop » d'immigrants — une forte hausse de 17 points de pourcentage par rapport à deux ans plus tôt et la première fois en 25 ans qu'une nette majorité partage ce point de vue.9. Il s'agit du plus important changement de deux ans depuis le début du suivi en 1977.
Pour préserver la réputation du Canada en tant que pays accueillant, nous devons inverser cette tendance. Les gens doivent sentir que nous intégrons et préparons les immigrants pour réussir, sinon ils cesseront de soutenir l'arrivée d'un plus grand nombre de personnes au pays.
Ces préoccupations sont étroitement liées aux inquiétudes concernant les répercussions de l'immigration sur le logement et les services publics. Pour résoudre ces problèmes, nous devons construire plus de logements et accroître l'efficacité de notre prestation de services. Mais il ne s'agit pas seulement de préoccupations au sujet des niveaux d'immigration globaux. De plus en plus de Canadiens expriment des doutes quant à savoir qui est admis au pays et dans quelle mesure ils s'intègrent à la société canadienne. Selon un récent sondage d'Environics, 57 % croient maintenant que de nombreux immigrants n'acceptent pas les valeurs canadiennes et 35 % disent que « l'immigration augmente le niveau de criminalité au Canada ».10
Pourtant, les immigrants engagés qui s'enracinent au Canada affichent des résultats remarquablement positifs. Les recherches indiquent que « plus les répondants ont vécu longtemps au Canada, plus il est probable qu'ils aient fait du bénévolat ». Et, en moyenne, les immigrants font plus de dons à des œuvres de bienfaisance que les citoyens nés au Canada11.
Les immigrants stimulent également l'entrepreneuriat. En 2022, les entreprises détenues majoritairement par des immigrants représentaient environ 21,7 % de toutes les entreprises privées au Canada12. En 2016, 11,9 % des immigrants en âge de travailler étaient soit propriétaires d'entreprise, soit principalement des travailleurs autonomes, comparativement à 8,4 % des Canadiens de troisième génération. Environ 5,2 % des immigrants possédaient des entreprises constituées en société comptant des employés, soit un taux légèrement supérieur au taux observé chez les personnes nées au Canada.
Les faits révèlent une histoire claire : lorsque les immigrants s'engagent pleinement envers le Canada, ils deviennent des contributeurs extraordinaires. Mais trop d'entre eux n'atteignent jamais ce point. Soit ils se désengagent de la vie civique, soit ils partent complètement. Notre système actuel se concentre exclusivement sur les critères d'admission, sans mécanisme pour encourager l'engagement continu après l'arrivée. Une fois admis, les immigrants reçoivent peu de conseils ou d'encouragements pour tisser des liens durables avec le Canada. Si nous ne renversons pas la situation, non seulement nous ne tirerons pas parti de la valeur unique que les immigrants pourraient apporter à notre pays, mais nous risquons également de perdre l'incroyable consensus favorable à l'immigration dont les Canadiens sont fiers à juste titre.
Nous devons combler l'écart politique actuel en créant un système qui récompense autant les cotisations postérieures à l'arrivée que les qualifications préalables à l'arrivée. Nous devons clairement communiquer ce que nous apprécions chez les nouveaux Canadiens et offrir une reconnaissance tangible à ceux qui font preuve d'engagement par le travail, la fiscalité, l'engagement communautaire et l'intégration familiale.
Avec autant de gens qui veulent immigrer au Canada, nous avons la capacité d'accepter uniquement ceux qui veulent contribuer à l'économie et à la société canadiennes. Cette proposition vise à donner à plus de personnes l'occasion de montrer qu'elles souhaitent faire partie de notre société et de les récompenser en fonction de leurs efforts.
Le Canada doit transformer son système d'immigration pour se concentrer non seulement sur les personnes que nous laissons entrer, mais aussi sur la façon dont nous reconnaissons leur engagement continu envers le Canada. De cette façon, nous pouvons remédier directement à la « fuite de fonds » en veillant à ce que seuls les immigrants qui démontrent un engagement envers le Canada par une contribution économique soutenue, une participation communautaire et une intégration sociale progressent vers la résidence permanente et la citoyenneté — en filtrant ceux qui obtiendraient le statut simplement à titre de passeport de commodité avant de partir.
Plutôt que le système actuel qui évalue uniquement avant l'arrivée, cela changera le système pour qu'il se concentre également sur les activités après l'arrivée d'un immigrant au Canada. Tous les demandeurs d'immigration, à l'exception des titulaires de visa de visiteur, recevront initialement un visa temporaire de deux ans avec autorisation de travail, quel que soit le programme d'immigration auquel ils sont admissibles (classe économique, regroupement familial, asile, étudiant, etc.). Au cours de cette période de deux ans, les immigrants gagneront ou perdront des points en fonction de leur participation à la société canadienne.
Après un minimum de deux ans au Canada, les titulaires d'un visa temporaire avec au moins 900 points peuvent demander la résidence permanente. Après un minimum de deux années supplémentaires en tant que résidents permanents (total de quatre ans au Canada), ceux qui ont au moins 1 200 points peuvent demander la citoyenneté.
Il devrait y avoir une voie de traitement accélérée pour les contributeurs exceptionnels. Après quatre ans d'obtention d'un visa temporaire, les personnes ayant plus de 1 200 points recevront un traitement prioritaire pour les demandes de résidence permanente et de citoyenneté.
L'accumulation de points est cumulative et lorsque les accumulations de points entrent en conflit, la source potentielle de points la plus importante sera fournie. Pour assurer une intégration équilibrée, nous plafonnerons les points des catégories individuelles :
Le nombre maximal de points qu'une personne peut avoir est de 1 800 points.
Notez que les allocations ci-dessous sont une première description de ce à quoi cela pourrait ressembler. Il ne s'agit pas d'une proposition finalisée. Considérez ceci comme un point de départ pour la façon dont un tel système pourrait être structuré.
Niveau 1 (100 points chacun)
Points attribués pour :
Points déduits pour :
Niveau 2 (200 points chacun)
Points attribués pour :
Points déduits pour :
Niveau 3 (300 points chacun)
Points attribués pour :
Points déduits pour :
Niveau 4 (400 points chacun)
Points attribués pour :
Points déduits pour :
M. Liu et son épouse arrivent avec un visa temporaire de deux ans dans l'espoir de démarrer une entreprise ensemble. Grâce à une participation active et à des gestes intelligents, ils « remplissent » régulièrement chaque catégorie de notation, de sorte qu'à la fin de la quatrième année, les contributions enregistrées de M. Liu atteignent le score cumulatif maximal.
Résultat : M. Liu a atteint 1 700 points. Avec son dossier bien supérieur au seuil de citoyenneté de 1 200 points — et qu'il est qualifié pour un traitement accéléré compte tenu de sa contribution exceptionnelle —, il est clairement sur la bonne voie pour devenir citoyen canadien.
Mme Clarke, qui arrive du Royaume-Uni en tant que travailleuse qualifiée, fait face à une intégration difficile. Malgré les promesses anticipées, les lacunes dans la conformité et les faux pas mènent à des déductions de points importantes qui la maintiennent bien en deçà des seuils exigés.
Résultat : La note cumulative de 400 points de Mme Clarke demeure bien inférieure au seuil de 900 points. Par conséquent, elle n'est pas admissible à la résidence permanente et n'avancera pas vers la citoyenneté.
Ce système ne punira-t-il pas injustement les immigrants qui ont des difficultés économiques ou qui ont des lacunes en matière d'emploi ? Cette proposition équilibre soigneusement notre système de points pour éviter de pénaliser ceux qui font face à de véritables défis. Le système offre de multiples façons de gagner des points au-delà du simple revenu, y compris la participation communautaire, l'éducation et l'intégration familiale. De plus, les titulaires de visas temporaires auront accès à des services d'établissement et à une formation linguistique pour les aider à réussir. Les seuils de points sont conçus pour être atteignables grâce à des efforts cohérents et de bonne foi, même pour les personnes occupant des postes à faible salaire.
Quelle incidence cela aurait-il sur les programmes de regroupement familial ou de réfugiés ? Nos valeurs fondamentales en matière d'immigration demeurent inchangées. La réunification familiale et la protection humanitaire demeureront des principes fondamentaux, mais ce système ajoute la responsabilisation et les incitatifs à l'intégration dans tous les volets de l'immigration. Les membres de la famille auront la même occasion de gagner des points grâce à diverses contributions, et les réfugiés recevront des services de soutien supplémentaires pour les aider à réussir dans le système.
Cela ne créera-t-il pas un fardeau administratif excessif pour le suivi de toutes ces mesures ? La plupart des indicateurs de points reposent sur les systèmes de données gouvernementaux existants, comme les déclarations de revenus, les titres de scolarité et les casiers judiciaires. Le système sera en grande partie automatisé à partir de ces bases de données existantes. Les immigrants auront accès à un tableau de bord en ligne simple pour suivre leurs progrès et recevoir des conseils sur la façon d'augmenter leurs points. Les coûts administratifs seront bien inférieurs au coût actuel des immigrants qui quittent ou ne parviennent pas à s'intégrer.
Ce système risquera-t-il de tourner l'opinion publique contre les immigrants qui n'obtiennent pas de points élevés ? Au contraire, en créant des attentes claires et en récompensant les contributions positives, ce système renforcera la confiance du public à l'égard de l'immigration. Les Canadiens verront que les immigrants sont tenus de respecter des normes transparentes et reconnus pour leur contribution significative. Cette approche répond directement aux préoccupations croissantes au sujet de l'immigration en veillant à ce que les personnes qui deviennent des résidents permanents et des citoyens aient démontré un réel engagement envers le Canada.
Comment cela affecterait-il les étudiants internationaux ? Les étudiants internationaux bénéficieront de ce système, car leurs résultats scolaires au Canada leur rapporteront des points importants. Le temps qu'ils consacrent à leurs études sera pris en compte pour leurs exigences en matière de résidence, et bon nombre d'entre eux se seront déjà intégrés à la société canadienne au cours de leurs études. Cela crée une voie plus fluide pour ceux qui souhaitent passer d'un étudiant à un résident permanent.
Le Canada doit passer d'un système d'immigration passif qui sélectionne les nouveaux arrivants uniquement en fonction de critères initiaux à un système qui favorise activement et reconnaît l'engagement continu envers notre pays. En mettant en œuvre un système d'intégration basé sur les points, nous pouvons inverser la baisse des taux de citoyenneté, réduire l'émigration et rétablir la confiance du public à l'égard de l'immigration.
Le système proposé offre des voies claires et transparentes vers la résidence permanente et la citoyenneté tout en récompensant les contributions significatives dans les dimensions économiques, sociales et civiques. Il établit des attentes explicites à l'égard des nouveaux arrivants tout en leur donnant de multiples façons de démontrer leur engagement envers le Canada et en veillant à ce que le système d'immigration du Canada soit mieux en mesure de combler les lacunes de main-d'œuvre à tous les niveaux, non seulement des études supérieures et des emplois bien rémunérés, mais aussi des emplois intermédiaires et des emplois d'entrée, encourageant les immigrants à s'établir là où des possibilités économiques existent.
Cette approche transforme notre système d'immigration d'un « seau qui fuit » qui gaspille le potentiel humain et les ressources publiques en un pipeline durable de citoyens engagés qui sont pleinement investis dans l'avenir du Canada. En récompensant non seulement qui sont les immigrants à leur arrivée, mais aussi ce qu'ils font après leur arrivée, nous bâtirons une société plus forte et plus cohésive et préserverons la fière tradition du Canada en tant que nation accueillante pour les générations à venir.
Nous devons agir de manière décisive pour mettre en œuvre ce système dès maintenant, avant que l'érosion du soutien public ne compromette notre capacité de continuer à accueillir les nouveaux arrivants. Notre approche recommandée équilibre l'ambition et l'aspect pratique, permettant une mise en œuvre rapide tout en maintenant nos valeurs fondamentales de compassion et d'inclusion. Il est temps de prendre des mesures audacieuses.
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