Objectifs
Mettre l'accent sur les consommateurs, et non sur l'oligopole. Créer un marché équitable et ouvert où aucune entreprise ne peut abuser de son pouvoir au détriment des consommateurs ou des concurrents plus petits. Ce faisant, nous verrons :
- Réduction des coûts des services sans fil d'au moins 30 % en cinq ans
- Tous les consommateurs canadiens ont accès à des services sans fil abordables
Contexte et motivation
Les services sans fil abordables sont essentiels à la réussite économique d'un pays. La connexion à Internet en déplacement augmente la productivité, stimule l'innovation et sauve littéralement des vies.
Pendant des décennies, un oligopole bien ancré des télécommunications a maintenu les prix canadiens parmi les plus élevés au monde. En 2023, un forfait sans fil de 10 Go coûte en moyenne 45,43$ pour les Canadiens, mais seulement 19,08$ pour ceux du Royaume-Uni.1.
Les « trois grands » (Bell, Rogers, Telus) contrôlent 80 à 90 % du marché2, ne subissant que peu de pression pour faire baisser les prix. Le Bureau de la concurrence du Canada qualifie l'industrie canadienne des services sans fil de « très concentrée, très rentable et extrêmement difficile à pénétrer » — un signe clair de pouvoir monopolistique en jeu3.
En 2024, leur revenu moyen par utilisateur (RPU) était de 67,41$ pour les services sans fil4. Ce même chiffre n'est que de 28,31$ CA au Royaume-Uni5 et 22,05 $CAN à travers l'Europe6.
Mais nous pouvons régler ce problème rapidement. La solution consiste à accroître la concurrence. Lorsqu'un seul « perturbateur » régional atteint une part de marché d'environ 5,5 %, les prix des services sans fil locaux peuvent être réduits de 35 à 40 %7.
Au fil des ans, le gouvernement a fait des efforts pour introduire la concurrence sur les marchés des services sans fil et des services Internet fixes. Mais à chaque fois, nous nous sommes retrouvés avec une consolidation dans l'oligopole et une reprise des hausses de prix.
Par exemple, en 2008, le gouvernement a tenté de favoriser la concurrence en limitant l'accès des titulaires à l'achat de nouvelles fréquences et en rendant obligatoire l'itinérance nationale et le partage de l'infrastructure.
Cependant, ces changements ne sont pas allés assez loin. En fin de compte, tous les nouveaux venus sans fil pure play qui ont débuté au cours de cette période se sont consolidés en un oligopole :
- Public Mobile a été lancée en 2010 et a été vendue à Telus en 2013
- Mobilicity a été lancée en 2009 et a été vendue à Rogers en 2015.
- WIND Mobile (maintenant Freedom Mobile) a été lancé en 2009 et vendu à Shaw en 2016. Shaw a finalement été acquise par Rogers en 2023 et Freedom Mobile a été vendue à Vidéotron, un autre oligopoliste.
Depuis, tout à l'honneur du gouvernement, ils ont apporté un certain nombre de modifications à la Loi sur la concurrence, donnant plus de pouvoir aux organismes de réglementation de contrôler les grandes fusions.8.
Mais ce n'est qu'une première étape. Le coût exaltant des services sans fil au Canada montre qu'il reste encore beaucoup à faire. Nous avons déjà vu la tendance : la nouvelle réglementation stimule une brève augmentation de la concurrence, les nouveaux entrants sont finalement vendus aux titulaires ou étouffés par eux, après que la concurrence s'estompe, les prix augmentent. Sans une véritable réforme, l'histoire se répète. Ce n'est qu'une question de temps.
Le problème des télécommunications au Canada est clair : les prix sont élevés, la concurrence est faible et les consommateurs et les petites entreprises paient le prix. Nous pouvons effectivement faire baisser les prix en créant un environnement favorable à la concurrence qui introduit un nouveau lecteur sans fil pur play, donne à l'organisme de réglementation plus de pouvoir pour forcer les titulaires à ouvrir leurs réseaux à des tarifs de gros concurrentiels et encourage un véritable choix pour les consommateurs. Dans le pire des cas, si ces changements s'avèrent insuffisants pour déloger les intérêts oligopolistiques, nous pouvons assurer un marché plus équitable en séparant l'infrastructure de télécommunication du service de détail.
Solutions du monde réel
Le Royaume-Uni, l'Australie, les États-Unis et la Nouvelle-Zélande ont tous été aux prises avec des dynamiques de marché oligopolistiques similaires, mais ont réussi à introduire des réformes qui ont fait baisser les prix. Voici quelques éléments qui l'ont fait fonctionner :
- Entreprises de services sans fil à l'état pur — il s'agit d'entreprises qui se concentrent exclusivement sur la fourniture de services sans fil, y compris l'accès sans fil fixe (FWA).
- À l'instar du Canada, le paysage américain des télécommunications est dominé par quelques grands acteurs (AT&T, Verizon, T-Mobile). Mais T-Mobile, contrairement aux entreprises titulaires liées à l'infrastructure et aux forfaits traditionnels, a stimulé une concurrence agressive sur le marché américain des services sans fil.
- Marchés robustes des ERMV — Les opérateurs de réseaux virtuels mobiles (ERMV) sont des opérateurs qui utilisent le réseau d'un autre opérateur au lieu de créer leur propre réseau (p. ex. Mint Mobile, GoogleFi). Ceux-ci sont généralement considérés comme les fixateurs de prix dans un marché.
- Au Royaume-Uni, des dizaines d'ERMV9 — des chaînes d'épicerie aux entreprises en démarrage numérique — offrir des plans budgétaires et des services de niche. En 2023, les ERMV représentaient environ 18 % de toutes les connexions mobiles au Royaume-Uni10, une part importante qui oblige les principaux réseaux à offrir des prix concurrentiels, souvent par l'entremise de leurs propres sous-marques.
- Selon des données récentes de l'organisme de réglementation australien, bien que les principaux exploitants aient augmenté les prix de leurs forfaits phares (par exemple, le prix médian des forfaits est passé de 50$ à 58$ AUD au cours des deux dernières années), les offres de MVNO sont demeurées beaucoup moins chères — environ 30 dollars australiens — offrant ainsi une solution de rechange peu coûteuse aux consommateurs11.
- Aucune restriction sur la propriété étrangère — Le Canada a des règles en place qui exigent que les trois grandes entreprises de télécommunications et presque tous les radiodiffuseurs (qui se chevauchent pour inclure également les trois grandes entreprises) soient détenus et contrôlés par des Canadiens.
- Les États-Unis n'imposent aucune restriction à la propriété étrangère. Par exemple, Deutsche Telekom détient une participation majoritaire dans T-Mobile US. Cela lui a permis d'accroître son accès au capital.
- En 2009, un nouvel opérateur, 2degrés, a été lancé en Nouvelle-Zélande. 2degrés a été financé en partie par des investisseurs américains et canadiens. Ces investissements n'ont été possibles que parce que la Nouvelle-Zélande a éliminé les obstacles aux investissements étrangers, ce qui a permis à l'entreprise d'être financée.
- Priorisation explicite des nouveaux concours
- La Nouvelle-Zélande n'avait que deux opérateurs de téléphonie mobile jusqu'en 2009, date à laquelle 2degrés est entré sur le marché. À l'instar du Canada en 2008, le gouvernement a exigé des titulaires qu'ils fournissent des services d'itinérance nationale, veillant à ce que 2degrés puisse offrir une couverture tout en construisant son réseau.12. Cependant, la principale différence réside dans le fait que l'organisme de réglementation néo-zélandais a conservé une surveillance pour intervenir si les négociations étaient retardées ou échouées. Cela s'est avéré essentiel au succès de 2degrees : cela a permis au nouveau transporteur d'offrir une couverture nationale aux abonnés dès le premier jour (itinérance sur Vodafone où il n'y avait pas de tours) tout en construisant progressivement son propre réseau.
- La Nouvelle-Zélande est même allée plus loin en 2011. Reconnaissant que son titulaire, Telecom New Zealand, détenait trop de puissance, ils ont exigé qu'elle soit scindée en deux sociétés : Spark (fournisseur de services de détail pour les services mobiles et à large bande) et Chorus (infrastructure de réseau de gros pour les lignes fixes). Cette séparation était liée à l'investissement du gouvernement dans une initiative nationale sur la fibre à large bande ultra-rapide (UFB). Cela a considérablement accru la concurrence dans le domaine des services à large bande, puisque des dizaines d'entreprises se font maintenant concurrence sur un pied d'égalité relativement égal sur le réseau de fibre optique.
Ce qu'il faut faire
Le Canada doit prendre des mesures encore plus audacieuses et immédiates pour réformer son marché des télécommunications. Nous proposons les mesures suivantes :
- Veiller à ce qu'un concurrent sans fil basé sur des installations soit toujours en activité — Les entreprises de services sans fil pures play fonctionnent fondamentalement différemment des entreprises de télécommunications traditionnelles qui possèdent une infrastructure fixe et vendent des forfaits. Pour s'assurer que l'on peut prospérer :
- Accès aux enchères au spectre au moyen d'une seule licence nationale sur des fréquences multiples et suffisantes. Au besoin, réaffecter le spectre des titulaires.
- Des services d'itinérance nationaux équitables (aucune restriction géographique) à des tarifs concurrentiels.
- Accès équitable à l'infrastructure en place (p. ex. partage de pylônes).
- Mettre à jour le mandat du CRTC pour donner la priorité à tous les types de concurrence — À l'heure actuelle, seules les entreprises dotées d'infrastructures (p. ex. Cogeco, Vidéotron) peuvent exploiter des ERMV.
- Éliminer cette exigence. Exiger que les marchés des revendeurs purement ludiques et des ERMV soient ouverts à tout concurrent, sans aucune exigence de propriété des installations. Assurer un accès égal à l'infrastructure pour tous les fournisseurs de services de gros et de détail.
- Permettre à tous les revendeurs (y compris les titulaires dans des régions où ils ne possèdent pas d'installations) d'accéder aux réseaux Internet fixes titulaires, y compris la fibre à domicile.
- Veiller à ce que les tarifs de gros privilégient le revendeur et les fournisseurs d'ERMV.
- Veiller à ce que le CRTC règle définitivement les différends dans les 90 jours — Les Trois Grands sont maîtres dans l'utilisation de tactiques de retard pour retarder la concurrence.
- Le CRTC ordonnera et appliquera un règlement réglementaire des différends de 90 jours, qui n'est pas assujetti à l'arbitrage commercial ni aux appels qui permettent aux titulaires de faire traîner les affaires en différé.
- Éliminer toutes les restrictions relatives à la propriété étrangère
- Cela comprend à la fois les restrictions en matière de télécommunications et de radiodiffusion.
- Maintenir l'examen des prises de contrôle étrangères en vertu de la Loi sur Investissement Canada pour des raisons de sécurité nationale.
- Établir un régime officiel de mise à l'essai des nouvelles technologies — Veiller à ce que les Canadiens aient accès aux technologies les plus récentes, au spectre adéquat du bac à sable pour permettre aux nouveaux concurrents de tester en tant que précurseur du déploiement commercial.
- Créer un processus de demande qui priorise les nouvelles idées et technologies.
- Par exemple, permettre l'introduction sur le marché canadien de nouvelles technologies de télécommunication éprouvées (p. ex. Starlink et d'autres fournisseurs de services par satellite) dans les 90 jours suivant la mise en œuvre d'une réglementation sur le toucher léger.
- Désigner un marché secondaire (p. ex. London, Ont.) comme marché bac à sable ayant accès à suffisamment de spectre et à des biens immobiliers gouvernementaux pour mettre à l'essai de nouvelles technologies.
- Congé jardin obligatoire
- Interdire aux politiciens, aux employés du secteur public qui travaillent pour les organismes de réglementation des télécommunications (ISDE, CRTC, etc.) et aux employés du secteur privé qui travaillent dans des entreprises réglementées (Rogers, Telus, Bell, etc.) de travailler pour l'autre partie pendant au moins deux ans après avoir quitté leur emploi.
- Séparation structurelle entre l'infrastructure de télécommunications et les clients utilisateurs finaux — Si ces changements ne permettent pas d'atteindre notre objectif de réduction des coûts de 30 % en cinq ans et de créer un marché des télécommunications dynamique et concurrentiel, alors nous devrions envisager :
- Dessaisissement obligatoire de tous les actifs de fibre, de cuivre, de câbles et de pylônes (et de l'infrastructure dorsale connexe) à de multiples entreprises du secteur privé dont les prix sont réglementés (comme les sociétés de distribution d'énergie ou les autres sociétés réglementées par des tarifs qui sont autorisées à obtenir un certain rendement du capital).
- Ces entreprises d'infrastructure ne seraient pas autorisées à vendre à des clients finals. Ils seraient mis sur pied pour vendre aux grossistes et aux fournisseurs de services de détail (voir Chorus en Nouvelle-Zélande)13).
- Accès égal à l'infrastructure pour tous les fournisseurs de services de gros et de détail.
Ces mesures assureront une véritable concurrence, des prix plus bas et un meilleur service aux Canadiens, en veillant à ce que les télécommunications deviennent un moteur, et non un obstacle, à la croissance économique.
Questions courantes
1. La réglementation ne nuira-t-elle pas à l'investissement dans l'infrastructure des télécommunications ?
- Non. Les pays où les règles de concurrence sont plus strictes, comme les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie, ont des réseaux de télécommunications robustes et des prix plus bas. Une concurrence accrue stimulera l'investissement, et non le découragera.
2. S'agit-il d'un document à l'intention des nouveaux arrivants ?
- Non. Les nouveaux arrivants se heurtent à d'énormes obstacles lorsqu'ils entrent dans un marché très développé comme le Canada, et il est très difficile de mobiliser des capitaux pour ces projets. Nous ne choisirons pas les gagnants. Par exemple, lors de la mise aux enchères d'une seule licence nationale de spectre, la participation sera ouverte à tout nouveau venu (sous réserve d'examens de sécurité nationale).
3. Les prix n'ont-ils pas déjà commencé à baisser ?
- Les baisses de prix récentes sont minimes, temporaires et résultent principalement de l'acquisition de Freedom Mobile par Vidéotron auprès de Rogers/Shaw. D'après tous les exemples passés de consolidation d'oligopoles, nous nous attendons à ce que les prix recommencent à augmenter au cours des prochaines années.
4. Cela ne nuira-t-il pas aux trois grands et n'entraînera-t-il pas des pertes d'emplois ?
- Un marché des télécommunications plus concurrentiel créera des milliers de nouveaux emplois dans les secteurs de la technologie, des entreprises en démarrage, du service à la clientèle et de nombreuses autres industries. Le maintien des prix élevés ne profite qu'aux dirigeants et aux actionnaires, et non aux travailleurs ou aux consommateurs.
5. Le Canada ne fait-il pas face à des défis particuliers (c.-à-d. une géographie plus grande et une population plus petite) qui justifient nos coûts élevés ?
- Bien que ces facteurs présentent certains défis pour les fournisseurs de télécommunications, ces facteurs à eux seuls ne justifient pas pleinement les prix nettement plus élevés que les Canadiens paient. Les pays de taille et de densité de population similaires, p. ex. l'Australie, sont en mesure d'offrir des services plus abordables.
Conclusion
Les demi-mesures ont échoué. Il est temps de prendre des mesures audacieuses pour créer une véritable concurrence, des prix plus bas et un meilleur service pour les Canadiens. En mettant en œuvre ces réformes, nous réduirons les coûts des services sans fil d'au moins 30 % d'ici cinq ans, augmenterons le choix des consommateurs et ferons des télécommunications un moteur de croissance économique plutôt qu'un obstacle. Le gouvernement doit agir maintenant pour briser l'oligopole des télécommunications et veiller à ce que tous les Canadiens aient accès à une connectivité abordable et de haute qualité.