Objectifs
Le Canada a besoin d'une politique alimentaire d'abord le Canada qui permettra d'accroître considérablement la production et la transformation des aliments au pays, d'assurer la sécurité alimentaire nationale, de stimuler la croissance économique et de bâtir un Canada plus résilient.
Pour ce faire, nous appuyons l'établissement d'un objectif national audacieux : combler 95 % des besoins nutritionnels du Canada à l'échelle nationale d'ici 2045, en ciblant 85 % d'ici 2035.
Contexte et motivation
À l'heure actuelle, le Canada importe environ 65 milliards de dollars de denrées alimentaires par année1. Cela représente 30 % des aliments et des boissons que nous consommons et comprend 90 % de nos légumes-feuilles et 75 % de nos fruits frais. Les importations d'aliments et de boissons transformés représentent à elles seules plus de 40 milliards de dollars.
Après des décennies d'attention et de ressources ciblées, le Canada est devenu compétent pour exporter des produits agricoles bruts comme le blé et le canola. Cette approche axée sur les exportations et le commerce, tout en contribuant aux chiffres du commerce, a créé un système alimentaire vulnérable aux chocs mondiaux causés par les pandémies, les guerres commerciales et d'autres changements mondiaux tels que les changements climatiques et la croissance démographique. Nous avons les ressources et l'ingéniosité nécessaires pour transformer beaucoup plus d'aliments au pays, mais nous envoyons plutôt les matières premières ailleurs et rachetons les produits alimentaires finis. Pour les fruits de mer seulement, le Canada exporte environ 90 % de ce que nous récoltons et importe 80 % de ce que nous mangeons2.
- Nos chaînes d'approvisionnement sont vulnérables aux perturbations : La forte dépendance du Canada à l'égard des importations alimentaires nous expose à la volatilité des marchés mondiaux et aux perturbations de la chaîne d'approvisionnement causées par les tensions géopolitiques, les changements climatiques et les pandémies. De plus, nous avons une dépendance excessive à l'égard des États-Unis pour 70 % de nos importations alimentaires.3. Les événements récents ont démontré le besoin urgent d'une plus grande autonomie alimentaire.
- Nous ne sommes pas prêts à faire face à la croissance démographique mondiale et aux changements climatiques : Dans 25 ans, le monde devra produire 70 % de nourriture de plus qu'aujourd'hui. Ainsi, la concurrence pour les importations de produits alimentaires augmentera de façon spectaculaire, tandis que le climat sur lequel repose la plupart des produits agricoles devient de plus en plus erratique. La dépendance du Canada à l'égard des importations deviendra de plus en plus risquée et insoutenable.
- L'accent actuel sur les exportations néglige les besoins nationaux : La politique gouvernementale actuelle fixe un objectif précis de 75 milliards de dollars pour les exportations agricoles et agroalimentaires d'ici 20254, et n'a pas d'objectif national comparable en matière d'indépendance alimentaire nationale. Sans surprise, les programmes de financement et de soutien sont orientés de manière disproportionnée vers la promotion des exportations.
- Les obstacles au commerce intérieur et les coûts de transport rendent l'exportation moins coûteuse La vaste géographie du Canada peut mener à de longues distances et à de multiples points de contrôle réglementaires lorsque vous traversez les provinces, et les obstacles au commerce intérieur peuvent augmenter les coûts de 7,8 à 14,5 %5.
- Occasion de traitement à valeur ajoutée manquée Avec plus de 40 milliards de dollars par année, les aliments transformés et les boissons représentent la plus grande part de nos importations alimentaires. Il est très courant que des matières premières canadiennes soient expédiées aux États-Unis, transformées et revendues aux Canadiens. Par exemple, le Canada a exporté 8,5 milliards de dollars de céréales brutes et d'oléagineux vers les États-Unis en 2022, dont une grande partie est retournée sous forme de farine, d'huiles ou d'aliments emballés6. La transformation des aliments au pays crée des emplois, stimule l'innovation et capture une plus grande part de la valeur économique au Canada.
- La production nationale et la transformation profitent à notre économie Le multiplicateur du PIB pour les exportations alimentaires varie de 1,2 à 1,45, tandis que les aliments produits et consommés au pays génèrent des multiplicateurs entre 2,0 et 2,57. Cela signifie que chaque dollar investi dans le renforcement de notre système alimentaire national a un impact positif beaucoup plus important sur l'économie canadienne.
Pour régler ces problèmes, nous devons commencer par établir un objectif et un plan clairs qui recentreront les efforts politiques et financiers du Canada sur la production et la transformation des aliments au Canada. Cela augmentera notre autosuffisance alimentaire et aura un puissant effet de multiplication économique.
En ciblant l'autosuffisance alimentaire, le Canada sera également un marché solide sur lequel les entrepreneurs pourront développer et innover des technologies et des produits alimentaires canadiens destinés à l'exportation dans le monde entier. La résolution de nos dépendances alimentaires aidera l'économie canadienne à prospérer — atteindre 95 % d'ici 2045 ajoutera entre 110 et 140 milliards de dollars au PIB du Canada et soutiendra la croissance de notre secteur des technologies agricoles.
Ce que font les autres nations
Les Pays-Bas — Une puissance mondiale de l'agroalimentaire Bien qu'ils soient plus petits que la Nouvelle-Écosse et qu'ils aient un climat frais, les Pays-Bas sont le deuxième exportateur mondial de légumes8, dont les exportations sont évaluées à plus de 13 milliards de dollars canadiens9. En 2000, les Pays-Bas ont établi une politique « deux fois plus de nourriture avec la moitié des ressources ». Depuis, ils ont réduit la dépendance à l'eau pour les cultures clés de jusqu'à 90 % et ont presque éliminé l'utilisation de pesticides chimiques dans les serres. Les serres néerlandaises obtiennent également des rendements jusqu'à 10 fois supérieurs à l'hectare par rapport à l'agriculture traditionnelle en plein champ. Les Pays-Bas montrent comment une politique stratégique dirigée par l'établissement d'un objectif audacieux peut mobiliser des ressources et de l'innovation, y compris des investissements publics et privés importants dans la R-D agrotechnologique.
Malaisie — Ambitions d'autonomie En 2020, la Malaisie s'est fixé comme objectif de passer de 76 % à 100 % d'autosuffisance en produits alimentaires de base comme le riz, le poisson, le poulet et les légumes d'ici 2033, avec des objectifs précis pour les produits tels que le riz et le bœuf. Les politiques d'autosuffisance alimentaire du pays sont axées sur le développement agroalimentaire durable et de haute technologie. Ils mettent l'accent sur l'augmentation de la production grâce aux progrès technologiques comme l'IA, l'agriculture régénérative et les cultures résilientes au climat.
Arabie Saoudite — Poursuivre énergiquement l'autosuffisance alimentaire La Vision 2030 de l'Arabie saoudite vise à atteindre 80 % d'autosuffisance avicole d'ici 2025 (contre 66 % en 2021) après avoir atteint plus de 100 % en dattes (119 %), produits laitiers (129 %) et œufs (100 %) d'ici 2023. Ces progrès ont été soutenus par les prêts de 1,6 milliard de dollars du Fonds de développement agricole en 2023 et par l'objectif de 10 milliards de dollars de plantation d'arbres de l'Initiative verte saoudienne d'ici 2030. Malgré ces succès, le Royaume importe encore 80 % de ses aliments en raison de son climat aride, ce qui souligne les défis persistants liés à l'augmentation de la production dans tous les secteurs.
Ces pays se rendent compte que la sécurité alimentaire est la sécurité nationale, et ils ont établi des cibles précises pour l'autosuffisance alimentaire et des plans pour les atteindre. Le Canada a l'ingéniosité, l'énergie et les ressources naturelles pour faire de même.
Ce qu'il faut faire
Nous proposons un virage complet vers une politique alimentaire axée sur le Canada d'abord, en commençant par une mandat prévu par la loi visant à accroître les besoins nutritionnels du Canada satisfaits à l'échelle nationale de 70 %10 aujourd'hui à 95 % d'ici 2045 » avec un objectif provisoire de 85 p. 100 d'ici 2035. Le mandat établirait également des sous-cibles fondées sur des catégories dans l'ensemble du secteur des aliments et des boissons.
Les cibles et le plan devraient d'abord être axés sur les domaines où la technologie est établie, comme l'agriculture en environnement contrôlé pour certains fruits, légumes et herbes, l'expansion de la production de produits laitiers et d'œufs, la transformation des intrants bruts comme le blé, le canola et les fruits de mer, ainsi que la production de boissons. Au fur et à mesure que les nouvelles technologies arrivent à maturité, les cibles augmenteront pour capter de nouvelles capacités de déplacement des importations au moyen de la robotique, de l'IA, de l'agriculture en environnement contrôlé et de l'agriculture cellulaire, comme la culture tissulaire, la fermentation ou d'autres biotechnologies.
Le graphique suivant montre chaque catégorie ainsi que les cibles de déplacement des importations pour 2035 et 2045.
Pour atteindre ces objectifs, nous devons :
- Supprimer les obstacles réglementaires :
- Éliminer les obstacles au commerce interprovincial : La Loi sur la salubrité des aliments au Canada, établie en janvier 2019, met l'accent sur l'harmonisation avec les normes internationales, mais elle doit être augmentée pour harmoniser également les normes provinciales. Il doit harmoniser les obstacles au commerce intérieur comme les règlements, les normes d'étiquetage, les processus d'inspection et les exigences de certification dans toutes les provinces.
- Réduire le fardeau contreproductif des organismes de réglementation : Mener des examens réglementaires approfondis à tous les paliers de gouvernement dans le but de réduire les obstacles qui font qu'il est inutilement difficile pour les petites et moyennes entreprises (PME) d'établir des fermes intérieures et des serres, des fermes rurales et urbaines, des opérations de pêche et d'aquaculture et des installations de production et de transformation des aliments. Les mesures à prendre en considération comprennent la rationalisation des approbations de l'ACIA, l'harmonisation des évaluations environnementales, le réexamen des dispositions relatives à l'utilisation des terres et au zonage, les exemptions temporaires des redevances d'aménagement, l'accélération et la facilitation des raccordements de services publics et l'accélération de la délivrance de permis pour les installations alimentaires et les nouvelles technologies agroalimentaires.
- Mettre en œuvre des incitatifs stratégiques
- Mesures fiscales sur les aliments d'abord le Canada : Introduire des mesures fiscales ciblées et limitées dans le temps, au besoin, pour aider les producteurs canadiens de produits alimentaires à s'établir et, en fin de compte, à obtenir des prix concurrentiels pour les importations. Ces mesures comprendraient : la déduction pour amortissement accéléré (DPA) pour les investissements dans l'agrotechnologie et la transformation des aliments, des crédits d'impôt remboursables pour les installations de transformation qui utilisent des intrants nationaux et des crédits d'impôt accrus pour la RS&DE de 50 % pour la R-D en agriculture cellulaire.
- Incitatifs pour les espaces de stockage: Offrir des rabais de taxe aux détaillants en fonction de seuils agressifs pour les produits d'origine canadienne dont le prix est égal ou inférieur aux importations.
- Rééquilibrer les dépenses d'innovation agroalimentaire vers l'infrastructure de déplacement des importations
- Investir dans l'infrastructure alimentaire Cibler les programmes de subventions et de prêts vers l'infrastructure de déplacement des importations afin d'attirer des investissements privés dans les technologies sous-jacentes de la part d'innovateurs canadiens et internationaux. Ces programmes devraient être axés sur la culture et la transformation des protéines, la fermentation avancée et l'agriculture cellulaire, l'agriculture en environnement contrôlé (ACE), la production de semences (le Canada importe 80 % de ses semences pour les cultures fruitières et légumières).11), et la transformation des produits de la mer.
- Tirer parti des institutions financières canadiennes pour investir dans les aliments au pays
- Donner la priorité aux projets alimentaires nationaux dans les mandats de prêt : Inviter Financement agricole Canada (FCC) et la Banque de développement du Canada (BDC) de donner la priorité aux prêts et aux investissements dans les projets nationaux de production et de transformation des aliments plutôt que sur l'agriculture axée sur l'exportation, en particulier pour les initiatives visant à déplacer les importations.
- Garanties de prêts du gouvernement pour les entreprises agroalimentaires en démarrage : Introduire un programme gouvernemental de garanties de prêts, semblable au modèle actuel de la SCHL, afin d'atténuer le risque pour les prêteurs privés et d'encourager l'investissement dans des entreprises agroalimentaires à forte intensité de capital axées sur la production nationale. Cela réduira ou éliminera l'exigence étouffante de garanties personnelles pour les entrepreneurs de ce secteur à forte intensité de CAPEX pour débloquer des investissements.
Mesurer le succès et assurer la responsabilisation
Le succès sera mesuré au moyen de mesures claires et de rapports transparents.
- Indicateurs clés de rendement (KPI)
- Pourcentage des aliments produits au pays, selon la valeur financière, nutritionnelle et calorique, consommés au Canada (suivi annuellement).
- Augmentation des investissements et de la production pour chacun des piliers : Agriculture intérieure et en environnement contrôlé (CEA) ; agriculture de terrain avancée et technologie agricole ; fermentation de précision et agriculture cellulaire ; nouvelle transformation et production d'aliments à valeur ajoutée ; innovations en matière d'aquaculture et de fruits de mer ; intrants agricoles et alimentaires ; emballage des aliments et des boissons.
- Valeur du déplacement des importations dans les principales catégories d'aliments (fruits, légumes, aliments transformés).
- Croissance du secteur canadien de la transformation des aliments (mesurée par la contribution au PIB et l'emploi).
- Nombre de nouvelles entreprises agroalimentaires et d'emplois créés dans les secteurs qui entraînent le déplacement des importations.
- Tendance des prix des aliments pour les consommateurs (mesurée par l'inflation et la volatilité des prix des aliments).
- Outils de responsabilisation
- Rapport annuel présenté au Parlement par le ministre de l'Agriculture, qui décrit les progrès réalisés à l'égard des indicateurs clés de rendement et les mesures futures.
- Tableau de bord en ligne accessible au public qui suit les mesures d'indépendance alimentaire et les progrès de la mise en œuvre du projet.
- Examens réguliers par le Comité parlementaire permanent de la sécurité alimentaire et de l'indépendance.
- Envisager un modèle de financement fondé sur le rendement pour les provinces — celles qui dépassent les cibles recevraient un financement fédéral plus important pour l'infrastructure agrotechnologique et alimentaire.
Questions courantes
- Les politiques « Acheter des produits canadiens » et l'augmentation de la production nationale n'entraîneront-elles pas une hausse des prix des aliments pour les consommateurs ?
- Nos recommandations visent à stimuler l'industrie locale et à accroître la compétitivité des producteurs et transformateurs d'aliments canadiens. Non pas de forcer les Canadiens à acheter des produits à un prix plus élevé. Les mesures recommandées doivent être déployées avec soin afin d'empêcher les prix à court terme d'augmenter et de cibler la stabilité et la baisse des prix à long terme.
- L'atteinte d'une autosuffisance alimentaire de 95 % est-elle réaliste compte tenu du climat et des diverses préférences alimentaires du Canada ?
- C'est une cible audacieuse. Mais c'est réalisable et vaudra la peine d'être déployé à l'échelle nationale. L'approche consiste à faire des progrès au cours des 10 prochaines années dans les domaines où la technologie est prête et évolutive aujourd'hui. Ensuite, les 10 prochaines années et les 10 % restants de l'objectif bénéficieront des progrès réalisés dans les technologies agroalimentaires clés. Par exemple, les importations d'aliments transformés représentent environ 60 % de toutes les importations d'aliments et de boissons. Cela signifie que nous pouvons faire des progrès importants avant même de nous attaquer à l'agriculture primaire. À court terme, le Canada peut remplacer 30 à 40 % des importations d'aliments transformés simplement en augmentant la production nationale de catégories clés pour lesquelles nous avons un avantage concurrentiel, comme les repas prêts à manger, les légumes en conserve, les produits à base de produits laitiers, les protéines végétales et les aliments surgelés. L'accélération des progrès dans les domaines de l'agriculture en environnement contrôlé, de la fermentation avancée et de l'agriculture cellulaire nous donnera alors les outils dont nous avons besoin pour remplacer également une part importante de notre agriculture primaire.
- Une politique alimentaire d'abord le Canada ne nuira-t-elle pas à nos relations commerciales et n'enfreindra-t-elle pas les accords commerciaux internationaux ?
- La sécurité alimentaire est la sécurité nationale. Donner la priorité à la sécurité alimentaire pour les Canadiens est une responsabilité fondamentale de tout gouvernement et est conforme aux règles du commerce international. Cette politique vise à renforcer notre système alimentaire national, et non au protectionnisme. Nous ne recommandons aucune sorte de gestion de l'offre ou de tarifs qui fausseraient les modèles commerciaux naturels. Nous resterons un partenaire commercial fiable, mais nous assurerons notre propre sécurité alimentaire dans un monde de plus en plus incertain en investissant dans nos producteurs et transformateurs d'aliments.
- En quoi cette politique profitera-t-elle aux Canadiens moyens dans leur vie quotidienne ?
- L'indépendance alimentaire se traduit directement par des avantages tangibles pour les Canadiens : prix des aliments plus stables et prévisibles, accès fiable à des aliments frais, sains et sains dans les épiceries et les restaurants, et une économie canadienne plus forte avec plus d'emplois. Le tout avec une plus grande tranquillité d'esprit en sachant que notre approvisionnement alimentaire est sûr et résilient, peu importe les événements mondiaux.
Conclusion
Renforcer l'indépendance alimentaire du Canada est un projet d'édification de la nation d'une importance vitale. Il s'agit d'assurer notre avenir, de renforcer notre économie et d'assurer le bien-être de tous les Canadiens. Le Canada possède les terres, les ressources, la capacité d'innovation et l'esprit d'entreprise nécessaires pour devenir un chef de file mondial en matière de systèmes alimentaires résilients, indépendants et durables. Pendant trop longtemps, la politique gouvernementale a donné la priorité aux exportations plutôt qu'à la sécurité alimentaire nationale. Il est temps d'opérer un changement décisif.